Je suis intervenu en mars 2007 aux Rencontres du e-learning et de la formation mixte (conférence annuelle qui permet aux responsables e-learning des grandes organisations de faire notamment le point sur leurs bonnes pratiques). Thème choisi : la solitude de l'apprenant (l'un de mes sujets de prédilection...)

Retrouvant le diaporama correspondant à l'occasion d'un peu de classement, en voici le résumé / poil à gratter – mon intervention voulait trancher avec le fond de béatitude technologique qui peut endormir l'audience d'un aréopage de spécialistes.

Il était question de « la solitude de l'apprenant à son bureau ou à son domicile au moment de se former un quart d'heure par-ci par-là dans un e-learning mal fichu sans personne pour l'aider et l'entreprise qui va savoir combien il est nul... »

Formulation synthétique – sous forme de manifeste ! - déclinée diapo après diapo, et dont voici la substantifique moelle (les réflexions in petto de l'apprenant sont mises en italiques) :

Seul devant son écran :

Être avec mes collègues et le formateur, c'est plus agréable, et finalement, on avance plus vite. Ça peut créer des liens utiles pour la suite. Si je « patauge » pendant la formation, sur qui puis-je compter ? Suis-je capable de me former seul ?

Seul à son bureau :

Dommage : l'organisme de formation est plus près de chez moi, et en centre ville (j'avais prévu de faire mes courses à l'heure du déjeuner). Je vais être dérangé, comme toujours, par un collègue, un client, ou mon chef pour qui tout est urgent. On est au calme dans la salle de formation, bien concentré sur le sujet, et puis ça me change de la routine du bureau.

Seul à son domicile :

Variante 1 : je refuse d'avoir un ordinateur à domicile (je suis tout le temps dessus au bureau, ça suffit comme ça !). Variante 2 : je dois me battre avec les enfants pour pouvoir l'utiliser. Toujours : chez moi, impossible de m'isoler, et puis il faut une frontière avec le bureau. Je suis trop sollicité par ma vie de famille, mes autres activités.

¼ d'heure par-ci par-là :

Les grains, moi je veux bien, mais ¼ d'heure par-ci par-là, ce n'est tout-de-même pas grand-chose pour apprendre vraiment : le temps de s'y mettre c'est déjà fini (ce qui n'est pas le plus mauvais côté de la chose). Par journée entière, c'est mieux, c'est plus clair que de tronçonner la formation et de la faire durer un mois par petits bouts. Quand je reprends, je ne me souviens plus de ce que j'ai fait avant.

Sur du e-learning mal fichu :

Ils appellent ça e-learning, admettons : par où je commence, avec ces informations partout à l'écran ? Ça bouge dans tous les sens, il est bavard et rigolo ce petit personnage qui ressemble au logo de ma boîte, mais il sert à quoi à part me distraire (on ne va pas me raconter qu'il remplace le formateur) ? Zut : j'ai frappé à côté de la touche, et voilà que ça plante ! Il faut tout relancer... Un peu succinct tout de même si je veux approfondir la question, où se trouve la documentation ?

Sans personne pour m'aider si je patauge :

Dans une formation normale, je peux regarder comment font mes collègues et le formateur est là pour me répondre immédiatement. Là on m'a donné un numéro de téléphone à appeler en cas de souci, pourvu que ce soit plus rapide que l'assistance informatique ! Le e-mail du tuteur, je veux bien, mais c'est maintenant qu'il me faut la réponse, pas pendant ma réunion de vendredi entre 10H et 11H. Il faudra peut-être que j'aille voir sur le chat... On m'a parlé aussi d'un forum ? d'une FAQ ??

Et l'entreprise qui va tout savoir :

Dans une formation normale, c'est moi qui évalue ! Que va savoir au juste mon entreprise ? Le résultat de mes questionnaires ? Le nombre de fois où j'ai dû repasser dans mon e-learning pour obtenir une note convenable ? Le temps que j'ai passé dessus (et si je suis dérangé en plein milieu de mon apprentissage, les temps vont s'alourdir) ? Ces informations peuvent-elles me pénaliser ?

Nous tous – les pédagogues au premier chef

Qui avons un jour été élève, et qui sommes voués à l'être de façon plus ou moins permanente (grâce en soit rendue à la société du savoir !)

Gardons en mémoire la terrible solitude de l'apprenant... (qui fut nôtre, à un moment ou un autre)

Et n'ayons de cesse d'en adoucir les aspérités...

Par la pertinence de notre démarche pédagogique et la qualité de l'accompagnement offert à l'apprenant !