E-learning et « pédagogie active » : je t'aime moi non plus ?
Par Michel Diaz le lundi 10 décembre 2007, 07:45 - Lien permanent
Nous avons déjà évoqué le paradigme selon lequel « le e-learning réhabiliterait la pédagogie » (sans en discuter la pertinence, ce que nous ne ferons pas plus dans ce billet).
Nous voulons à présent le mettre en relation avec un autre paradigme bien ancré qui voudrait (à notre sens à juste titre) que les apprenants soient les principaux acteurs dans la construction de leurs compétences – dans ce billet, nous n'entrons pas dans les distinctions habituelles : savoir, savoir-faire, savoir-être, voire savoir-devenir.
Ces deux paradigmes sont-ils compatibles ?

(image dans son contexte original : Iteco)
Le e-learning réhabilite la pédagogie...
Ce paradigme impose qu'un soin important soit apporté à la conception pédagogique (amont du projet).
Avant d'être mis en ligne et utilisé par les apprenants, un module e-learning doit avoir fait l'objet d'une conception rigoureuse et d'une réalisation conforme à cette conception.
Chaque module aura été décomposé en « grains pédagogiques » (ce que les pédagogues ont pu appeler auparavant des séquences pédagogiques), chaque grain étant décrit avec la plus grande précision : objectif(s), durée, activités pédagogiques, médias utilisés, forme de contrôle des compétences acquises par l'apprenant, etc.
Par souci d'efficacité pédagogique, tous les grains obéissent à une logique semblable, utilisant des composants élémentaires ou « learning objects » en nombre forcément limité, dans un choix d'ergonomie / habillage cohérent.
Un grain se situe dans une cinématique bien décrite : après tel grain, avant tel autre, avec une marge de manoeuvre relativement réduite en terme d'agencement.
On comprend que, d'une certaine façon, les concepteurs pédagogiques d'une telle solution doivent « idéaliser » l'apprenant, i.e imaginer un « apprenant standard » ou « moyen » à partir duquel dérouler tout le travail de conception.
Si les concepteurs sont compétents, et pourvu que la nature du sujet s'y prête, ils pourront introduire, à la marge, quelques degrés de liberté dans le produit fini, en sorte qu'un apprenant puisse avoir l'impression que le module a été pensé pour s'adapter à ses besoins individuels et à son profil.
A y regarder toutefois de plus près, mis à part ces degrés de liberté concédés à l'apprenant, nous sommes là principalement dans ce que les pédagogues désignent sous le terme de pédagogie de transmission.
L'apprenant construit ses compétences... (en mobilisant certes les ressources de son environnement, et un module e-learning fait partie de ces ressources)
Ce paradigme suppose au contraire la mise en œuvre d'une pédagogie active (bien connue des parents d'élèves qui fréquentent les écoles Freinet), qui procède par tâtonnements, réussites, échecs successifs, droit à l'erreur (évidemment !) ; bref : une pédagogie qui, d'une part, est largement mise en oeuvre par les formateurs dans le cadre des formations présentielles, et d'autre part, se différencie de la pédagogie de transmission sur laquelle est encore trop souvent fondé l'approche e-learning.
Peut-on néanmoins s'assurer d'une certaine compatibilité entre ces paradigmes ? Oui, je le crois.
D'abord, il faut noter que l'enjeu est d'importance : les entreprises, l'ensemble des systèmes d'éducation / formation ne peuvent se priver des apports considérables des TICE, et plus particulièrement de la formation ouverte et à distance.
La clé consiste – nous n'aurons de cesse d'y revenir – en l'intégration du e-learning dans une démarche pédagogique globale ; quel que soit la forme qu'il peut prendre, le e-learning sera considéré comme une ressource et non une finalité, ce qui suppose un certain degré de maturité de l'entreprise et plus encore de ses fournisseurs de technologies ou de contenus. En tant que ressource (existante ou à créer), il devra être mis en concurrence avec les autres ressources (existantes ou à créer) dont est pourvu le système de formation : lesquelles de ces ressources (e-learning ou non e-learning) sont d'utilisation plus pertinente (le service optimal en terme de résultat attendu, dans un cadre budgétaire fixé).
C'est la pédagogie qui donnera le ton, qui assurera l'unité et la cohérence d'ensemble.
Elle est la source essentielle de valeur que peut créer le projet de formation.
Commentaires
Je suis coordinatrice de l'espace dem@tice de la faculté de médecine et je m'intéresse à l'enseignement à distance. Je souhaite partage les expérience dans le domaine d'enseignement médicale à distance.
Cordialement.